Wikio, et (est ?) l'avenir de la recherche francophone.

Préliminaire : cet article ne parle pas de « l’affaire » Techcrunch / Newzadig / Wikio.

Lancement réussi pour le site collaboratif d’actualités francophones, avec pas loin de 100 000 visiteurs, au vu des premières stats Alexa, et une entrée directe dans le top 5000 des sites mondiaux.

Un lancement qui peut placer d’emblée Wikio au top des « recherches alternatives ».


L’accès à l’information francophone : tour d’horizon

>> Les folksonomies : le résultat « calculé par les utilisateurs »

Les folksonomies « Digg like » :
La première folksonomie du web : Digg.com. Et ses équivalents francophones : Scoopeo / Fuzz / Nuouz / All Actu / TapeMoi

Ces sites permettent aux internautes de proposer des articles / pages / billets / jeux aux autres internautes, qui peuvent cliquer et suivre le lien, mais aussi voter pour cet article. Avec un nombre suffisant de votes, l’article passe en première page du site, et y reste plus ou moins longtemps selon sa popularité.
Fréquentation des folksonomies francophones : le comparatif donne l’avantage à Scoopeo et Fuzz.

Les folksonomies « Del.icio.us like » :
Del.icio.us est un site orienté partage de liens. On peut y « externaliser » son carnet de bookmarks / signets. S’il bénéficie de l’effet d’antériorité, il favorise très peu le Web francophone.
Blogmarks est un service semblable à Del.icio.us, mais en francophone.

>> Les moteurs : résultat issu d’un algorithme, pondéré par les utilisateurs.
Google, l’inévitable. Et toute la cohorte des moteurs divers et variés, qui se basent sur une indexation du contenu, positionné par un algorithme d’analyse sémantique, pondéré par le nombre et la qualité des liens pointant vers la page.
Moteur de blogs, Technorati indexe quelques dizaines de millions de blogs. Le tri « par autorité » permet de sélectionner les blogs les plus populaires.

>> Les méta-recherches / syndications : comparer et veiller
Depuis MetaCrawler, un des pionniers, les méta-moteurs permettent d’avoir un panorama de recherche large, et de trouver le bon outil pour une recherche plus précise.
Zewol.net, méta syndication francophone, lancé par l’auteur de ces lignes. Orienté actualité fraiche et blogosphère.
Ariane 6, interroge lui les moteurs de recherche : une part plus grande est donc accordée aux ressources « références » et plus anciennes.

> Je laisse de coté certains méta-moteurs, qui donnent plus de place à la publicité qu’au contenu. Mais, et spécialement parce que je suis fondateur d’un site de cette rubrique, n’hésitez pas à me signaler un méta-moteur que j’aurais laissé passer.

>> L’indexation thématique par « cluster »
Google News est en un bon exemple : les articles venant des sources référencées sont automatiquement indexées, et regroupées par analyse sémantique.
C’est le principe des portails d’actualités sauce 1.0, mais avec un regroupement automatique et les sources multiples.
De la même eau : Newzadig sur l’actualité.

> EDITION : on me fait part de l’oubli de Quaero. Quaero ? C’est quoi ?

> EDITION : Exalead en moteur francophone : oui, mais une page de résultats Exalead est nettement moins pertinente qu’une page de résultats Google.fr. En dehors du clustering thématique, Exalead ne se distingue pas – pour l’instant – de la « cohorte des moteurs ».


Au milieu de cette profusion – relative, Wikio a choisi de se positionner sur deux moyens : indexation et référencement automatique du contenu par « cluster » thématique, et positionnement par les utilisateurs.

Digg-like ? Technorati-like ? Concurrent de Newzadig ? Tueur des Scoopeo / Fuzz et autres folksonomies francophones ? Avenir de la recherche locale ? Wikio peut – ou pas – changer la recherche francophone. Quels sont les défis à relever ?

« Vieille France » : un problème d’échelle.

Pour monter en qualité, les folksonomies ont besoin de quantité. Un article « voté » 3 ou 4 fois n’est pas nécessairement pertinent, et les folksonomies ont l’obligation vitale d’attirer des visiteurs « voteurs » pour fidéliser les visiteurs « lecteurs ».

Un lien qui « fait la une » sur digg.com peut être « diggé » (clic d’approbation) 50 à 2 000 fois et recevoir 3 000 à 15 000 visiteurs uniques. Le « digg effect » a rejoint depuis longtemps le « slashdot effect » au rang des terreurs des webmestres : pour peu que les pages « diggées » soient un peu lourdes (images, photos, jeu en ligne), un tel flux de visiteurs peut provoquer des coupures de services pour dépassement de bande passante.

L’équivalent francophone est plus calme : une page qui fait la une de Scoopeo ou de Fuzz amène 50 à 200 visiteurs. On attend de voir les premières victimes de « l’effet wikio ».

> A ce propos, comment dira-t-on ? « J’ai été wikioté » ?  » « Tu me wikiotes mon article stp » ? « Wikio m’a tuer » ?

Le chat parti…

Digg Spy et Wikio Live
Ces deux pages permettent de voir en direct la « vie » des folksonomies. Le rythme n’est pas le meme chez Wikio et chez Digg, et les chiffres non plus.

Le spam sur Wikio, ca a deja commencé…

Free Image Hosting at www.ImageShack.us

Wikio a encore quelques progrès à faire pour filtrer le spam : depuis hier soir 23h, le billet « Nouveau service Google, à l’attaque de Microsoft !! » a été voté une centaine de fois par des « anonymes », que je soupconne d’être une seule personne armée d’un robot et d’un gestionnaire de proxies. Du coté Digg, on a résolu partiellement le problème en ne permettant le vote qu’aux utilisateurs enregistrés.

…Et c’est loin d’être fini
C’est une des caractéristiques du Web 2.0 que de permettre aux utilisateurs d’un service de le modifier en direct. Conséquence naturelle : la manipulation des résultats est fréquemment pratiquée.
Du coté anglophone, quelques groupes se sont spécialisés dans la « création de buzz » : il suffit d’une dizaine d’internautes aguerris, avec proxies et robots, pour générer la cinquantaine de votes nécessaires à passer une nouvelle en « une » de digg. L’observation des résultats Wikio sera riche d’enseignement à ce point de vue.
Par ailleurs, les channels de discussion francophone étaient jusqu’à présent épargnés par les « digg-whores », ces utilisateurs qui vont de channel en channel pour quémander des clics. On risque de les voir apparaître sous peu.

Trop d’info…

Wikio a choisi de viser large : Culture, Economie, Finance, France, High-tech, International, Loisirs, People, Podcast, Politique, Santé, Science, Société, Sport
A comparer à la catégorisation de Digg : apple, deals, design, gaming, hardware, links, linux/unix, mods, movies, music, programming, robots, science, security, software, technology

On reproche parfois à Digg de se concenter uniquement sur les contenus qui intéressent en priorité les « geeks ». Mais la première page de digg est d’une pertinence rare, grâce à cette sélectivité .
Cependant la version 3 de Digg, d’après les premières fuites, élargirait la sélection à l’ensemble de l’actualité. Alors, Digg serait-il semblable à Wikio ?

La différence, c’est que Wikio se lance sur un marché plus restreint et beaucoup moins mur : quel que soit le thème, aussi pointu soit il, on peut trouver en anglais une demi-douzaine de blogs ou de sites d’information publiés par des experts de qualité. Le contenu brassé par Digg est donc beaucoup plus riche.
Et les différences fondamentales entre Google News, Technorati, ou une recherche classique ne sont pas encore – du coté francophone – entrés dans les moeurs. Une fois l’effet de nouveauté retombé, il faudra convaincre les internautes francophones de la nécessité de participer pour améliorer la pertinence. Le succès de la phase beta laisse heureusement espérer quelques beaux lendemains.

Contrairement à Digg, Wikio a choisi d’indexer et de réferencer directement le contenu. Les visiteurs influent seulement sur le positionnement.
La profusion de contenu sur tous les thèmes risque de décontenancer les visiteurs néophytes. D’autant qu’apparaissent sur la Une des billets qui n’ont été « votés » que 3 à 5 fois. Bizarre.
Les internautes francais joueront-ils le jeu ? Ou bien utiliseront-ils Wikio comme un « vulgaire » moteur de recherche ?

> Et par pitié, Wikio, grossissez la zone de clic ! On voit à peine le nombre de votes.

…à la francaise

Une préférence marquée pour l’actualité « noble ».
La page de une est éloquente : pour être vu sur Wikio, mieux vaut parler des affaires internationales, ou au moins de politique :

  • Sondage : Royal en tête au 1er tour
  • Le Japon va rapatrier son contingent militaire déployé en Irak
  • Opération combinée franco-espagnole contre 12 activistes basques
  • Affaire Flactif: un expert met à mal la version de David Hotyat
  • Raid israélien à Gaza, deux tués
  • Mont Sainte-Odile : de neuf mois à un an de prison avec sursis requis contre quatre des prévenus
  • Présumé financement de terrorisme: 17 personnes interpellées en France
  • La Croix Rouge divisée sur l’introduction d’un nouvel emblème

Encore une fois, Wikio se démarque de Digg. Mais on peut craindre un poids trop important des médias « institutionnels » dans cette sélection.
Un des grands plaisirs sur Digg est de voir ressortir les bons articles des « petits » sites, plutot que le fac-simile d’un Google Actu. Choix volontaire de Wikio ou manque de contenu francophone à mettre en avant ?


Pourquoi une folksonomie francophone devait apparaître

Les résultats « calculés par les utilisateurs » sont aujourd’hui la première menace contre Google. On le pressent sur Abondance, je le constatais sur une recherche simple.
La domination de la recherche par Google, ses efforts d’amélioration algorithmique, sa volonté d’indexer tout le contenu littéraire de la planète pour créer une intelligence artificielle, le placent aujourd’hui sans concurrent sérieux dans son domaine : on ne peut plus out-googler Google.

Yahoo, en février 2006, déclarait « abandonner » la course contre Google. Une décision ambigüe. Mais est-ce un hasard si dans le même temps, la société rachetait Flickr, le site de partage de photos, puis Delicious, le site de partage de liens, deux folksonomies emblématiques du Web 2.0 ?

Du coté francophone, l’horizon était désespérement vide : Del.icio.us ne sourit pas aux tags francophones, et Blogmarks souffre encore de sa relative jeunesse.

L’avenir de la maison Google

Depuis quelques semaines, les critiques pleuvent sur le géant de la recherche : piètre qualité du réseau de contenu pour les annonceurs Adwords, pertinence en baisse des pages de résultats, fraude au clic, domaines de spammers qui indexent plusieurs milliards de pages en quelques jours..

On entend parfois les prophètes du dimanche annoncer l’arrivée prochaine d’un « remplacant » de Google, comme si on pouvait « outgoogler » Google. Le coût d’entrée sur le marché des moteurs de recherche s’alourdit pourtant de jour en jour, et ce n’est pas la dernière « cabane » de Google qui va changer la donne.

En revanche, on peut espérer que le monopole de fait exercé par Google sur la recherche se fragmente vers plusieurs acteurs moyens. Folksonomies diverses, social bookmarking, méta-syndication : les voies d’accès à l’information sont nombreuses… ne reste plus qu’à souhaiter que les internautes sachent choisir l’outil adapté à leur besoin. Et que Wikio connaisse le succès attendu.


Et Zewol dans tout ca ?
Zewol a été lancé il y a quelques jours en version beta. Il ne s’agit pas d’un moteur, puisque que Zewol n’indexe pas directement le contenu, ni d’une folksonomie, puisque les utilisateurs n’ont pas d’influence directe sur les résultats de recherche. Il s’agit simplement d’un service de recherche. L’apercu y est plus large que sur un seul site, et permet souvent de trouver le moteur approprié pour une recherche précise. Les flux de syndication rencontrent un grand succès, puisqu’un tiers des consultations du site se fait déjà par RSS.
Rien à voir cependant avec un projet comme Wikio. Zewol est une fonctionnalité de recherche qui sera destinée à faciliter le travail des veilleurs et des passionnés d’information.

> Expérience personnelle : après le lancement de Zewol, j’ai parfois eu des commentaires inquisiteurs « tu veux concurrencer Wikio / Google News ! « . Zewol est un projet sans commune mesure avec Wikio. Moyens, objectifs, services : Zewol est un « petit » !
J’étais partagé entre l’humilité nécessaire (je ne suis ni Kevin Rose – fondateur de Digg, ni Pierre Chappaz), et l’envie pressante d’apprendre à mon interlocuteur la différence entre algorithmique, syndication et folksonomie.

9 pensées sur “Wikio, et (est ?) l'avenir de la recherche francophone.”

  1. Article passionnant, merci. Du coup je découvre ce site qui ne l’a pas l’air moins.
    Je sens que ça va encore finir dans mon agrégateur 😉

  2. Perso, si j’aime Wikio, c’est pour son coté moteur de recherche de news à classification automatique. L’aspect digg-like me laisse complètement indifférent : qui est compétent à part moi pour determiner l’info qui sera à mes yeux pertinente ? Par contre, en tant qu’éditeur de contenu référencé par Wikio, il est interessant de voir les votes des utilisateurs, pour voir ce qui les fait réagir.

  3. Très bon article, même si je regrette qu’il n’y ait pas assez de comparaison avec les sites américains (Ask, GigaBlast, Clusty…).

    Wikio est un bon produit orienté moteur de recherches, mais en ce qui concerne l’agrégation, il n’y a pas photo : la page d’accueil de Newzadig l’emporte, à mon sens, de très loin.

    Ce qui serait interessant, c’est de savoir si l’on peut envisager que certaines méthodes de recherches présentées dans cet article puissent s’imposer à l’avenir comme LA méthode standard. Par exemple : je tape une recherche, et au lieu d’avoir une liste indigeste de réponses comme sur Google et les autres, les réponses sont dékjà structurées par thèmes, par clusters, comme les « grappes d’articles » de Newzadig. Clusty le fait déjà, mais c’est une liste de clusters, pas une page structurée… à suivre.

  4. attentation à l’estimation de traffic à partir des données Alexa quand même… Combien de pourcents d’utilisateurs wikio ont l’alexa bar contre combien pour les utilisateurs de fnac.com.
    … Ou alors alexaholic.com les bat tous les deux ;)http://www.alexaholic.com/fnac.com+wikio.fr+alexaholic.com

  5. C’est indéniablement, l’idée que je me faisais des nouveaux services du web se profilants.Cet article résume techniquement la « naissance » de ces concepts(ou l’évolution progressive) à mon avis bien logique…Dans le sens où les logiciels libres (blog, forum,…) et autres innovations ont fédérés le besoin des internautes de donner un avis sur tel ou tel sujet.
    Ce que je retiens ceux sont ces grands groupes :
    Folksonomies,Moteurs,Méta recherches…
    Ce qui m’échappe encore un peu c’est la notion de favoriser tel ou tel lien sur pleins de critères qui ne sont pas figés à tel ou tel algorithme.
    On peut dire je classe ces liens comme ceci et ceux là comme cela….
    L’ancienneté va peut être chambouler avec tout cela 😉
    Merci pour cet article.

  6. Cet article très intéressant m’a permis de faire le point sur les nouveaux outils et concept disponibles sur le web. Je vais de ce clic sur wikio ! et je met malaiac.net en marque-pages.

  7. Vous passez sous silence Oscoop, qui existe depuis 2004, qui, lui pour le coup organise l’info en clusters, pas d’interventions humaine, et très pertinente.
    plus de 500 000 articles, 2000 sources par jour, 10 000 visiteurs par jour.

    Si vous souhaitez faire un article sur les agrégateurs, essayez d’etre le plus juste possible et citer les acteurs importants, c’est dommage de ne pas coller à la réalité du moment !

Laisser un commentaire