Web 2.0 = Web

Source : All We Got Was Web 1.0, When Tim Berners-Lee Actually Gave Us Web 2.0
Traduction de l’article de Dion Hinchcliffe sur le SOAWebServices Journal, 04/09/2006

La blogosphère s’est à nouveau agitée il y a quelques jours, après le podcast de l’inventeur du Web Tim Berners-Lee, où il estime que le « Web 2.0 » n’est qu’un mot sans réalité. C’est un mot qui séduit un peu et effraie beaucoup dans l’industrie du net, bien qu’il ait été précisement défini par leurs auteurs. Pour tous ceux qui s’interrogent sur la réalité du Web 2.0, reste la réalité du net : le Net est en train d’évoluer, et les nouvelles pratiques se répandent.

Parmi toutes les analyses qui ont suivi ce podcast, celle de Jeremy Geelan, « La tempête du Web 2.0 » me semble particulièrement pertinente. Il y explique ce qui est probablement la clef du Web 2.0 : un carrefour des possibles entre l’ancien et le nouvel Internet.

Web 1 et Web 2

Le Web 2.0 est un exemple de ce que l’historien Daniel Boorstin aurait appellé « l’orée fertile », un instant d’indécision entre ce qui est et ce qui n’est pas encore. Boorstin a souligné que ces « zones » étaient constitutives de la créativité américaine.
Poster résume l’analyse de Boorstin :  » Une orée fertile n’est pas une bordure nette, mais une zone frontalière : l’orée d’un bois, le versant d’une montagne, là où les idées et les éco-systèmes s’entremêlent. Les limites entre l’eau et la terre, entre la civilisation et la nature sauvage, entre le noir et le blanc, entre les migrants et les indigènes, entre les collectivités locales et les gouvernements, entre les villes et les campagnes – toutes ces caractéristiques de l’expérience américaine [‘all mark the American experience’]

Le Web 2.0 est un changement des gens et de la société, pas un changement de technologie.

Alors, le Web 2.0 est-il une évolution du Web, ou une évolution de ses utilisateurs ? La montée en puissance des architectures participatives, qui permettent aux utilisateurs de contribuer au contenu, de la partager, et de permettre à d’autres de le découvrir et de l’enrichir, est une fondation de sites 2.0 comme MySpace, YouTube, Digg et Flickr. Mais ce n’est qu’un symptome de la facon dont nous avons changé la facon dont nous utilisons Internet. Non seulement 950 millions d’internautes ont rejoint le réseau dans les dix dernières années, mais la plupart utilisent le Net différemment que nous le faisions à l’époque. Une centaine de millions de ces internautes façonnent plus ou moins directement le Web, en construisant leurs propres identités sur le Web, avec les blogs, ou en contribuant de multiples façons à la création de contenus de toutes sortes.

N’oublions pas que de nombreux freins ont longtemps freiné le Web et empêché la collaboration et la communication dont rêvait Tim Berners-Lee. Ne citons que les questions de protection de la vie privée, des sites Web à sens unique, du manque de compétences des internautes, et des connections bas-débit. Mais ces freins ont diminué ces dernières années, jusqu’à ce que la nouvelle génération d’internautes n’ait plus même besoin de s’en soucier (à juste titre ou non).

N’oublions surtout pas que le Web a changé ces dernières années. D’infinis raffinements technologiques, et des améliorations de l’internet lui même. Depuis l’adoption en masse du haut débit, de l’amélioration des navigateurs, de l’utilisation d’Ajax et de Flash, et la généralisation des widgets, comme ceux de Flick et de YouTube. Mais la tendance de fond, c’est le changement de comportement des internautes. Car une grande part du phénomène Web 2.0 est issu d’une innovation massive issue de tous les bords de nos réseaux. Des millions de bloggers, des centaines de milliers de producteurs audiovisuels, des centaines de start-ups Web 2.0 acharnées à procurer des expériences utilisateurs supérieures, des sites qui agrègent le contenu commun qu’un milliard d’internautes peut créer.

Oui, la vision originelle de Berners-Lee semble être en voie de se réaliser. Il a donc en partie raison de jaser sur la réalité du Web 2.0. Mais, bien que sa vision eut été possible dès les premiers navigateurs, nous avons connu au départ ce que nous appellons maintenant le Web 1.0 : des sites simples, souvent à sens unique, qui ne faisaient que pousser vers nous des contenus, ou cherchaient à attirer nos cartes de crédits. Il fallait encore le contenu massif de qualité. Mais les millions de personnes capables de le créer n’étaient pas là. Créer une communauté autonome de qualité, concevoir une application à double flux étaient à leurs balbutiements. Un exemple : Combien de temps a-t-il fallu pour que se répande les pages Web modifiables que sont les wikis ? Presque dix ans. En fait, nous savons tous que que l’innovation est systématiquement en avance sur la société qui la concoit. Je rencontre souvent des créateurs de start-ups du Web 1.0 qui se plaignent amèrement d’avoir pensé des applications Web 2.0 en 2000 : personne ne les utilisait.

L’ère du Web 2.0

J’écris souvent que nous, industriels de l’Internet, redécouvrons régulièrement les mêmes problématiques, à la jonction des gens et des applications. Nous trouvons des solutions dejà utilisées, les reconditionnons au point de ne pouvoir plus les reconnaitre quelques temps après. Les volumes et le ‘temps Internet’ déforment nos visions classiques des applications communicantes et des communautés en ligne. Au point de croire que nous contrôlons largement ce qui advient quand des masses d’utilisateurs interconnectés se réunissent et collaborent. Nous ne contrôlons rien. Une grande porte s’ouvre, et tout le monde s’affaire à deviner ce qu’il y a derrière et où elle mène.
Mais quoi de neuf ici ? J’ai mentionné quelques exemples, voici une liste plus complète :
– Il y a plus d’un milliard d’utilisateurs du Net aujourd’hui. Les effets de réseau apparaissent maintenant même dans les zones moins fréquentées de l’Internet, puisqu’une zone moins fréquentée, ca peut être parfois juste une centaine de milliers d’internautes.
– Beaucoup de ces utilisateurs sont habitués au Web [‘Web-fluent’]. Robert Scoble a observé récemment que, si beaucoup d’internautes ne sont pas des experts, tous savent rechercher, envoyer du courrier, éditer un Wiki, et la plupart savent déplacer un widget ou configurer une application Web. Ils ont le volant dans les mains.
– Les nouvelles pratiques du Web se répandent. Les meilleurs sites et les plus réussis ont réalisé qu’il fallait intégrer ce que Tim O’Reilly appelle l’émulation de l’intelligence collective dans le fonctionnement de leurs services. Et cet aspect collaboratif du Web est encore en retard sur les deux premières tendances. Je suis toujours surpris d’entendre les gens citer Ajax comme le signe principal du Web 2.0, plutot que la puissance des communautés et des effets du réseau. Il y a encore une bonne marge de progression, et j’espère continuer à voir des innovations majeurs dans la conception des services Web 2.0.
– Conséquence logique, le pouvoir et le contrôle se déplacent vers ces nouveaux créateurs. Puisque les utilisateurs du Web produisent une part croissante du contenu, ils en prennent le contrôle. Ce basculement de puissance a des conséquences immenses sur le long terme, puisque le Net se déplace naturellement vers les points principaux de puissance. Les implications pour les organisations traditionnelles sont fascinantes et vont s’accroître en même temps que la génération MySpace entre en masse sur le marché du travail.

Il y a d’autres tendances liées au Web 2.0, mais les trois premières de cette liste sont les fondamentaux. Sans celles-ci, je crois que nous ne verrions pas cette évolution étonnante du Web. Est-ce superficiel ? Pas le moins du monde. Est-ce-que les internautes aiment ca ? Oui, et à juste titre. Et bien que le mot ‘Web 2.0’ ne soit pas particulièrement important à mes yeux – ce sont les idées qui importent – le fait que tant de gens soient d’accord sur ce terme devraient nous en montrer l’importance.

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