La neutralité du réseau, pour quoi faire ?

Une traduction de l’article de Tim Wu, sur Slate : Why You Should Care About Network Neutrality

L’internet de demain en dépend !

L’internet est un réseau méritocratique par nature. Si M. Dupont préfère www.lci.fr à www.lemonde.fr, c’est sur LCI qui s’informera. S’il préfère faire ses recherches sur Yahoo plutot que sur Google, il lui suffit de cliquer. Mais si les portes d’entrée sur Internet (les fournisseurs d’accès) choisissaient de favoriser certains usages de l’Internet, par exemple si Free ralentissait l’accès à Hotmail, et favorisait l’accès à Gmail, que se passerait-il ?

Bienvenue dans le combat sur la “neutralité du réseau”, l’obsession qui anime Washington en ce moment : est-il plus ou moins neutre de laisser les internautes accéder à tout le contenu de la même facon, ou bien de laisser les fournisseurs favoriser tel ou tel service, et d’en tirer un bénéfice ?

Les fournisseurs ont depuis longtemps (et grâce à une forte pression) arrêté de bloquer l’accès à certains sites. Ils ont par contre choisi de réserver une part de la bande passante à leurs propres services (la TV aDSL, par exemple), mais aussi de favoriser l’accès à certains services contre rémunération. Kevin Martin, le président de la FCC (Federal Communications Commission) n’y voit aucun inconvénient. Mais les voix dissidentes estiment que favoriser techniquement un service, c’est nuire à son concurrent : sur un réseau limité, celui qui n’est pas favorisé sera éliminé.

Pour illustrer le problème, regardons hors de l’Internet, dans les restaurants Kentucky Fried Chicken. KFC favorise un produit, en ayant signé un accord exclusif avec Pepsi, et ca ne pose de problème à personne.
Et les autoroutes ? Que se passerait-il si ASF signait un partenariat exclusif avec Peugeot, pour réserver une voie supplémentaire aux voitures Peugeot pendant les heures de pointe ? Mauvais, n’est-ce-pas ?
Y a-t-il une différence entre KFC et les ASF ? Et quel modèle s’applique à Internet ?
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Google, la cathédrale de Turing

Extrait d’un article fondateur de Dyson sur la “cathédrale” construite par Google.
Turing’s Cathedral, Georges Dyson [24 octobre 2005]

Toute la mémoire humaine peut être, et sera probablement bientôt, accessible à chaque individu. Ce nouveau cerebrum meta-humain devra être centralisé et reproductible partout intégralement, du Pérou à la Chine, de l’Islande à l’Afrique centrale, et dans n’importe quel endroit où elle être à l’abri du danger et de la discontinuité. Elle pourra avoir à la fois la densité d’un animal évolué et la vitalité reproductive d’une amibe“.
Wells, dans son texte prophétique “World Brain”, en 1938, avait prévu non seulement l’intelligence distribuée du World Wide Web, mais aussi la fusion inévitable de cette intelligence et son attraction inéluctable pour le pouvoir et la connaissance.
Dans l’organisation universelle et la clarification de la connaissance et des idées… dans l’évocation de ce que j’ai appellé le Cerveau Mondial… dans ceci et ceci seulement, réside l’espoir d’un “récepteur compétent” [Competent Receiver] pour les affaires du monde. Nous ne voulons pas de dictateurs, nous ne voulons de partis oligarchiques ou de classes dirigeantes, nous voulons une intelligence mondiale consciente de son existence.

Ma visite à Google ? Malgré l’ameublement fantaisiste et les jouets, j’ai eu l’impression d’entrer dans une cathédrale du XIV° siècle – mais d’y entrer au XII° siècle, en pleine construction. Chacun était occupé à tailler sa pierre, avec un architecte invisible s’affairant à tout harmoniser. L’humeur était joyeuse, avec un souci palpable. “Nous ne scannons pas ces livres pour être lu par des gens”, me confie un de mes hôtes après la conférence. “Nous les scannons pour être lus par une AI”.
J’ai du lire cela quelque part, mais c’est logique. Les experts humains étudient les livres pour apprendre et pour apprendre à relier les informations. Pourquoi pas les moteurs de recherche ?
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