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L'irrationnel logique – Partie 7, le contexte fait tout

Le contexte fait tout

Pourquoi nous sommes malhonnêtes, et ce que nous pouvons faire

Ariely a mené une étude sur des étudiants d’Harvard. Il leur donnait un QCM de 50 questions. Les étudiants remplissaient le test, puis transféraient les questions sur un ordinateur de controle. Les étudiants recevaient 0.10 $ pour chaque réponse correcte. Les résultats furent :

  • L’examinateur corrige le quiz et donne la récompense (groupe de contrôle) : 32.6/50
  • Les réponses étaient pré marquées sur l’ordinateur, les étudiants rendaient leur QCM papier et le résultat de l’ordinateur à l’examinateur : 36.2/50 (triche = 3.6 questions)
  • Les réponses étaient pré marquées sur l’ordinateur, on demandait aux étudiants de déchirer le QCM et de donner le résultat de l’ordinateur : 35.9/50
  • Les réponses étaient pré marquées sur l’ordinateur, on demandait aux étudiants de déchirer le QCM et le résultat de l’ordinateur, et de prendre directement le montant de leur récompense : 36.1/50
  • Conclusions :
    • S’ils en ont l’opportunité, la plupart des gens trichent (des expériences similaires eurent les mêmes résultats au MIT, à Princeton, Yale, UCLA, et Yale)
    • Une fois tentés par la triche, les étudiants ne sont pas influencés par le fait qu’ils étaient contrôlés ou pas ; même sans aucune chance d’être pris, ils ne deviennent pas des truands
    • “Nous voulons être honnêtes. Le problème est que notre indicateur interne d’honnêteté se met en route seulement pour les grosses fautes, comme de voler une boite de stylos. Pour les petites fautes, nous ne nous demandons même pas si nous sommes honnêtes ou pas.”
  • En variation, Nina, On et Ariely ont mené une expérience où un groupe devait noter les 10 livres qu’ils avaient lu au lycée, l’autre groupe devait noter les 10 commandements.
    • Quand ils ne pouvaient pas tricher, le score moyen était de 3.1
    • Quand ils pouvaient tricher, le groupe “livres” eut un score de 4.1 (33% de triche)
    • Quand ils pouvaient tricher, le groupe “10 commandements eut un score de 3.1 (0% de triche).
      • La plupart du groupe ne pouvait se rappeler tous les commandements ! Même ceux qui en connaissaient 1 ou 2 furent aussi honnêtes. “Ce n’était même pas les commandements qui encourageaient à être honnête, mais la perspective d’un interdit moral”
    • Peut être que les engagements de bonne conduite ont une influence. Ariely fit signer aux étudiants sur la feuille de réponse un avertissement “Je comprends que cette étude est couverte par le code d’honneur du MIT”
      • Ceux qui signaient ne trichaient pas. Ceux qui ne voyaient pas l’avertissement trichaient à 84%.
      • “Les effets de la signature sont particulièrement intéressants, puisqu’il n’y a pas de code d’honneur du MIT

Extrait du livre de Dan Ariely, Predictably Irrational: The Hidden Forces That Shape Our Decisions, disponible sur Amazon.
Traduit et adapté de cet extrait : http://bookoutlines.pbwiki.com/Predictably-Irrational

L'irrationnel logique – Partie 6, le pouvoir du prix

Pourquoi une aspirine à 50 centimes est plus efficace qu’une aspirine à 5 centimes

L’effet placebo est bien connu. Il ne s’agit pas seulement de tromper le patient : les placebos peuvent provoquer une secrétion d’endorphines et d’opiacés qui ont un effet physiologique réel. Ce qu’il est intéressant de constater, en revanche, c’est que le prix du placebo a un effet sur son efficacité.

Ariely, Waber, Shiv et Carmon ont concu un antalgique placebo, Veladone-RX. Une femme séduisante en tailleur expliquait, avec un léger accent russe, aux sujets que 92 % des patients recevant du VR voyaient leurs douleurs s’atténuer dans les dix minutes, et pendant environ huit heures.

  • Quand le médicament était annoncé comme valant 2.5 $ par dose, presque tous les sujets ont signalé une atténuation de la douleur
  • Quand le médicament était annoncé comme valent 0.1 $ par dose, la moitié seulement des sujets signalaient la même atténuation.
  • Plus une personne souffrait, plus l’effet placebo était fort.
  • Une étude similaire à l’Université de l’Iowa a montré que les étudiants qui payaient le prix normal pour des remèdes contre le rhume signalaient une plus grande amélioration que ceux qui l’achetaient à prix réduit.
  • Une autre étude sur SoBe Adrenalin Rush (une boisson énergétique) a montré que les sportifs se sentaient plus en forme quand on leur disait que la boisson coûtait plus cher.
    • Ce n’était pas seulement déclaratif, leurs performances étaient effectivement meilleures. Ariely leur a administré un test de 15 questions.
      • Le groupe de contrôle qui n’avait rien bu avait 9/15 réponses
      • Le groupe “cher” avait 9/15 réponses
      • Le groupe “pas cher” avait 6.5/15 réponses
    • En variant l’expérience, Ariely avait imprimé des messages du genre “Les boissons SoBe améliorent l’activité intellectuelle” sur l’étiquette de la boisson, avec des références vers 50 études scientifiques montrant leur efficacité.
      • Le groupe “pas cher” améliorait ses réponses de 0.6 réponse
      • Le groupe “cher” améliorait ses réponses de 3.3 réponses… mieux que le groupe de controle !
    • L’effet diminuait quand on demandait aux sujets de réfléchir à la relation entre le prix et la qualité. Ils réalisaient qu’une boisson moins chère n’était pas forcément moins efficace.

Extrait du livre de Dan Ariely, Predictably Irrational: The Hidden Forces That Shape Our Decisions, disponible sur Amazon.
Traduit et adapté de cet extrait : http://bookoutlines.pbwiki.com/Predictably-Irrational

L'irrationnel logique – Partie 5, les grandes espérances

Pourquoi le cerveau reçoit ce qu’il espérait

Les espérances passées peuvent obscurcir notre jugement.

  • Ariely, Lee et Frederick ont mené une expérience avec les étudiants du MIT. Ils leur proposèrent de gouter deux bières, puis de recevoir un demi-litre de la bière qu’il préférait. La bière A était une Budweiser, la bière B une Budweiser avec deux gouttes de vinaigre balsamique.
    • En l’absence d’autre information, les étudiants choisissaient en masse la bière balsamique
    • Si les étudiants étaient informés auparavant de la nature des bières, ils choisissaient en masse la Budweiser naturelle
    • Si vous annoncez d’entrée aux gens que quelque chose peut être désagréable, il y a de bonnes chances pour qu’ils soient finalement d’accord avec vous.
  • Ariely, Ofek et Bertini menèrent une autre expérience sur les étudiants de Sloan. Ils offraient du café gratuit, et demandaient ensuite à quel point ils l’avaient apprécié, et combien ils seraient prêts à payer. Ils avaient aussi dressé une table avec des épices, certaines usuelles, d’autres non (muscade, cardamone, etc.).
    • Aucun des étudiants n’utilisa les épices rares
    • Si les épices étaient présentés dans de jolis contenants (plutôt que des pots en plastique), les étudiants appréciaient plus souvent le café, et étaient prêts à payer plus. « Quand l’ambiance a l’air plus chic, le café était meilleur ».

Quand nous pensons que quelque chose va être bon, c’est généralement bon, et inversement. Mais change-t-on d’avis si on connait la vérité ?

  • Ariely modifia l’expérience de la bière. Les étudiants goutaient la bière d’abord. Puis on leur disait la vérité. Ensuite on leur demandait leur opinion [NdT : dans la première expérience, deuxième groupe, on leur disait la vérité avant de goûter]
    • Si la vérité ne fait que nous informer rationnellement, savoir qu’une bière est vinaigrée et l’autre non ne devrait pas influer sur le gout ressenti. En revanche, si la vérité modifie nos expériences sensorielles, être informé avant modifiera notre perception.
    • Les étudiants informés après dégustation apprécièrent la bière autant que ceux qui n’étaient pas au courant du tout. La vérité connue modifie la perception ! [NdT : puisque ceux qui savaient avant appréciaient moins la bière vinaigrée].
    • Et les gens étaient cohérents dans leur appréciation : quand on proposait à ce groupe d’ajouter un peu de vinaigre à leur bière gratuite, ils étaient plus enclins à accepter.

    Comment utiliser ce ressort ?

    • Les restaurateurs utilisent des termes exotiques et des présentations sophistiquées pour améliorer la perception gustative de leur plat.
    • On peut aussi acheter des plats chinois à emporter et les gouter sur de la porcelaine. Les verres à vin ont le même office. La forme du verre n’a pas d’impact sur le gout, mais améliore l’expérience.
    • Exemple connu : Pepsi est préféré à Coca en tests à l’aveugle, mais Coca gagne toujours quand les marques sont visibles.
      • A l’aveugle, le cortex préfrontal ventro-médial est stimulé
      • Si la marque est connue, la zone dorso-latérale du même cortex – qui héberge des fonctions plus avancées du cerveau – est stimulée aussi.
      • La marque Coca augmente l’activité cérébrale dans la zone du plaisir, et améliore la perception du Coca.

Stéréotypes

Non seulement nous réagissons aux idées préconcues des autres, mais nous agissons aussi différement selon nos propres parti pris.

  • Sin, Pittinsky et Ambady ont mené une expérience sur les femmes américaines d’origine asiatique. Un premier groupe répondait à des questions sur leur statut de femme, puis à un questionnaire de mathématiques. Un second groupe répondait à des questions sur leur race, puis au même test.
    • Le deuxième groupe avait de meilleurs résultats au test mathématique.
  • Bargh, Chen et Burrows ont fait trier des phrases. Pour certains sujets, les mots étaient considérés “impolis” ou “agressifs”. Pour le deuxième groupe les mots étaient “polis” et “doux”. Puis ils allaient dans une deuxième pièce, pour expliquer le test à un participant un peu bêta, qui faisait mine de ne pas comprendre (en fait un des expérimentateurs).
    • le groupe “poli” tenait en moyenne 9.3 minutes
    • le groupe “impoli” tenait 5.5 minutes
  • Une autre expérience avec des étudiants New Yorkais les exposait à des mots comme “Floride” (la maison de retraite de l’Amérique), “bingo”, “âgé”. Ces étudiants marchaient plus doucement en quittant le batiment qu’un groupe de controle.
Quelques conséquences sur la gestion de groupes
  • Une présentation “aveugle” des faits (présenter les faits sans révéler quelle est leur source) peut améliorer leur réception.
  • On peut utiliser une tierce partie neutre pour fixer les règles du jeu

 

 


Extrait du livre de Dan Ariely, Predictably Irrational: The Hidden Forces That Shape Our Decisions, disponible sur Amazon.
Traduit et adapté de cet extrait : http://bookoutlines.pbwiki.com/Predictably-Irrational